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novembre 2021 ONLINE

Foi, justice et paix le rôle de l’Action Catholique

Zénon MANIRAKIZA – Chercheur au CRID Burundi

Introduction
Quand il nous a été demandé de développer ce sujet, nous nous sommes vite référé aux grandes orientations du Synode Africain en ce qui concerne la justice et la paix1. Notre exposé sera donc centré sur l’analyse des réalités sur terrain en référence aux orientations du synode.
Il est bon de rappeler que l’Afrique, en général, et la Région des Grands Lacs en particulier, est devenu le foyer des déchirements entre communautés ethniques et le producteur principal des réfugiés, des déplacés et des déshérités. Le domaine «justice et paix» est brouillé par des faits inhumains qui visent plutôt à en faire le terrain des injustices et des guerres.
Cette réflexion va au-delà d’une simple moralisation puisque les faits sont là et que les actions semblent plutôt timides. Après un petit aperçu sur les grandes orientations du Synode, nous allons essayer de découvrir la réalité vécue et émettre quelques idées sur les actions à mener dans la perspective de la nouvelle évangélisation.

I. Les grandes orientations du Synode africain
Pour ce qui est des fondements théologiques de l’engagement de l’Église dans les problèmes de justice et paix, le n° 51 pose clairement ce problème. Les laïcs sont interpellés pour qu’ils vivent les implications de l’Évangile. Leur témoignage constituera un défi prophétique.
1. L’idée force de l’Église Famille de Dieu, excluant tout ethnocentrisme et tout particularisme excessif favorisant la solidarité et le partage et prônant la réconciliation et la communion entre les ethnies (n° 63).
2. La dignité de l’homme créé à l’image de Dieu et racheté par le sang du Christ constitue le fondement le plus solide à l’engagement social de l’Église qui, par ailleurs, sur ce terrain, doit imiter le Christ.
Pour ce qui est des orientations, directives et engagements pour l’action, le n° 70, en interpellant la conscience des Chefs d’États, ouvre le chapitre des engagements que le Synode a pris dans le domaine de justice et paix: 
1. L’Église d’Afrique doit jouer son rôle prophétique et être la voix des sans voix, en dénonçant et en combattant tout ce qui avilit et détruit la personne humaine. 
2. Les commissions Justice et Paix doivent être instituées à tous les niveaux pour que l’action sociale ne soit pas improvisée (n° 106). La promotion des valeurs de Justice et Paix doit faire partie de tout programme pastoral de chaque communauté chrétienne (n° 7). L’Église a le devoir et le droit de participer à l’édification d’une société juste et pacifique, avec les moyens à sa disposition: l’éducation, la santé, la conscientisation et l’assistance sociale (n° 107).
3. Les Laïcs sont interpellés pour s’engager dans la vie publique (n° 108) en collaborant avec les autres croyants (n° 109) afin de lever le grand défi de la bonne gestion des affaires publiques dans la politique et dans l’économie (n° 110-112). L’avènement d’un État de droit est à ce prix (n° 112).

II. La réalite sur le terrain
II.1. Mise au point
Le Synode Africain s’est tenu après l’éclatement des crises au Rwanda et au Burundi. Les orientations ainsi que les recommandations qui en sont issues sont pertinentes parce qu’elles ont pris en compte les différentes barbaries qui s’étaient exprimées, particulièrement dans la Région des Grands Lacs, abîmant ainsi le domaine «justice et paix». Le Synode a fortement interpellé le laïcat. Malheureusement, celui-ci reste constitué d’un certain nombre de fidèles conscients de leur rôle et qu’on trouve réunis au sein de l’Action Catholique.
Dans la réalité catéchétique, l’Église n’est rien d’autre que la famille des baptisés. Les critiques actuelles s’adressent plus aux structures hiérarchiques des églises qu’à l’ensemble des croyants. 

II.2. La part de la foi
Une certaine tendance à négliger la part de la foi dans le combat pour la paix s’est manifestée à plusieurs reprises. Partie d’un courant révisionniste qui a traversé le Rwanda e l’après génocide, cette tendance a entamé les acteurs burundais sous le slogan Kiliziya yarakuye kirazira «l’Eglise a supprimé les tabous et les interdits».
Les tenants de ce courant, je les classe parmi les coupables qui s’ignorent puisque. Ceci constitue une grave faute d’appréciation qui limite les responsabilités de l’Église aux seules attributions de sa hiérarchie. Cette faute ne peut trouver explication que dans l’infantilisation dont les laïcs sont victimes.
En adoptant furtivement des stratégies destinées à faire du pouvoir une chasse gardée ou à le conquérir par tous les moyens, les gestionnaires des États ont toujours tenté d’effacer les espaces de communion et créé un terrain favorable à la négation des valeurs positives.
Les églises, catholique et protestantes, renferment près de 80% de la population burundaise. Ce pourcentage a été largement exposé au public durant toute la crise et il ne cesse de trotter dans les mémoires pour poser des questions pertinentes aux pasteurs sur la validité d’une religion chrétienne qui s’est avérée inefficace au moment opportun.
Le débat est toujours en cours et une certaine synthèse semble s’en dégager: oui, l’évangélisation, au Burundi, comme au Rwanda, a essuyé beaucoup d’échecs parce que le plus grand commandement de l’amour n’a pas eu assez de prophètes pour l’incarner dans les communautés. Le 5e commandement «ne tue pas» a été violé au grand dam des orientations pastorales qui avaient pourtant marqué la période des campagnes électorales. Même les structures ecclésiales ont été frappées par le fouet des divisions à caractère ethnique.
Et pourtant, ils le savent bien, les baptisés et leurs pasteurs, que toute barbarie portée contre la personne humaine ne s’inscrit pas dans la dynamique relationnelle qui doit exister entre Dieu et les humains. Les analyses sont devenues tellement sévères qu’on a avancé la thèse de l’inutilité des religions.

II.3. L’annonce prophétique
Je pense2 que la religion et l’Église ne sont pas une affaire de structures hiérarchisées. Les peuples sont encore loin du seuil de compréhension de l’essentiel en matière de foi. Mais on n’a pas besoin d’érudits ni de miracles pour croire. Nous avons besoin d’une prédication prophétique et des actions concrètes qui vont plus loin que la simple moralisation des réalités sociales.
La prédication est également l’œuvre de tous ces baptisés qui agissent au sein des institutions politiques et économiques du pays parce que ceux-là sont membres de l’Eglise-Famille.
Le message évangélique restera inerte dans ses effets, s’il n’arrive pas à transformer du dedans les hommes et les femmes du monde séculier, ceux-là mêmes qui font face à des défis liés à la gestion des différents aspects de la vie.
Illustration: le Burundi est en pleine expérimentation dans la mise en application de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation. Au-delà des réformes visées, aux-delà des avantages matériels attendus, est-ce que la personne humaine est au centre du débat? La paix recherchée risque de devenir polysémique, les uns la comprenant dans le sens du simple arrêt des hostilités, les autres, dans le sens d’une quiétude macro sociale qui ne se reflète pas dans la réalité du vécu des communautés.
Malgré toutes les omissions que l’on peut reprocher au processus en cours, nous sommes sur la bonne voie: celle qui privilégié le dialogue et la concertation. Seulement, le débat doit être recentré pour ne pas enfermer toute l’attention requise dans les superstructures de gestion de l’État. Une action d’envergure nationale devrait être dirigée vers la masse des silencieux qui croupit dans une misère indicible. Les injustices sont à viser pour libérer la vérité, lever le couvercle de la rumeur et du non dit pour porter toute l’attention sur la vie des exclus, des marginalisés, des pauvres et des sans voix.

III. Recentrer le débat et l’action
Tout le monde sait que le Créateur s’est soucié de la personne humaine jusqu’à faire de lui son semblable. En réfléchissant sur certains passages de la Bible, je constate à quel point Dieu a ménagé l’espèce humaine en la sauvant du déluge, en pardonnant à nombre de ses offenses, comme s’il avait quelque chose de spécial à sauver en cette créature.
Avec le Nouveau Testament, s’accomplit l’alliance nouvelle: Dieu se fait personne humaine pour habiter parmi nous, partager la condition humaine et transformer du dedans l’humanité entière. Jésus Christ est Dieu fait homme.
Le message de la justice et de la paix transparaît à chaque passage de l’évangile et constitue la référence fondamentale pour qui veut éviter de déraper ou de verser dans l’irrationnel. La personne humaine reste au centre de toutes les préoccupations. Non seulement, il est interdit de l’insulter mais, encore plus, il est interdit de tenter l’homicide. Parce que la personne humaine renferme le divin et l’humain à la fois. Elle est dotée d’une conscience qui guide ses actions. Elle a la liberté de choisir entre le bien et le mal. Quand les consciences sont déformées par des événements historiques, sociologiques ou psychologiques, la personne humaine peut s’égarer et chasser le divin qui l’habite pour éveiller l’animal qui s’endort en elle.
L’importance de la religion, dans ce cas, réside dans le fait de participer à la ré-éducation de la conscience pour amener la conversion et rétablir la personne humaine dans sa relation avec Dieu.
L’insistance sur la personne humaine est d’une importance capitale pour tout travail d’édification de la paix, sinon la paix recherchée ne peut avoir d’autre finalité que la destruction de l’humanité. Le message évangélique insiste sur la conversion des cœurs parce que «le cœur de l’homme est un abîme d’où sortent parfois des desseins d’une férocité inouïe, capable de bouleverser en un instant la vie sereine et laborieuse d’un peuple»3.
C’est au cœur de la relation horizontale que le message évangélique s’appesantit pour signifier aux humains que la personne humaine est «image de Dieu», valeur suprême de la création. Elle mérite respect et dignité. Les holocaustes, les offrandes de toutes natures, les prières, les célébrations liturgiques sont nécessaires parce qu’elles expriment le respect que le la personne humaine doit à son Créateur (relation verticale). Elles deviennent dénuées de sens, inutiles même, dès que la relation horizontale est brouillée par la haine, les injustices, l’intolérance et le mépris. Elles deviennent dénuées de sens, quand la violence s’en mêle, visant l’élimination physique de la personne humaine alors qu’elle a été créée à l’image de Dieu. Les assassinats, les massacres, le génocide, sont des faits de déicide.

Il y a moyen d’élaborer encore en utilisant ce schéma de la relation parfaite et revenir sur certains versets bibliques, et même coraniques qui étayent l’indispensable corrélation entre le Royaume de Dieu (de justice et de paix) et la réconciliation (relation horizontale). Nous avons besoins de prophètes, parmi les laïcs, pour recentrer le débat et l’action sur la personne humaine et la relation verticale.
IV. Pistes pour l’action
• Étant donné que les acteurs politiques, dans notre région, sont des chrétiens, baptisés au nom de Jésus Christ et que la gestion des États dépend en grande partie de leurs options, l’Action Catholique peut s’adresser à eux, pour les interpeller et les former. Ils pourront ainsi mettre la personne humaine au cœur de leurs préoccupations et permettre l’enracinement d’une véritable culture de justice et de paix.
• Dans ce sens, les Mouvements d’Action Catholique seraient efficaces s’ils bénéficiaient d’un soutien pastoral et financier suffisant, qui leur permette d’encadrer leurs membres, devenus responsables de la gestion des affaires d’État.
• Le soutien pastoral consisterait, par exemple, dans la formation des laïcs et dans la diffusion des documents essentiels, pouvant permettre de mener des actions concertées et cadrées dans un plan pastoral. Le soutien financier permettrait de mener des actions concrètes dans le cadre de la réhabilitation des sinistrés, des secours aux démunis et de l’encadrement des exclus.
• Dans les pays où le processus démocratique tend à être relancé, le rôle du laïcat serait de participer aux processus enclenchés, en agissant du dedans et en comptant sur les inputs des aînés agissant dans les sphères de prise de décision. Des activités de sensibilisation en vue de l’établissement d’un État de Droit pourraient bénéficier de l’assistance des Églises locales et de la communauté internationale, avec l’intercession de l’Action Catholique.

Notes
1 NGOYAGOYE, E.: Présentation des problèmes de justice et paix vus par le synode, in Au Cœur de l’Afrique, n° 4, 1995, pp. 112-115.
2 MANIRAKIZA, Z.: Le front de la paix, transformer les drames en opportunités, in Au Cœur de l’Afique, Numéro Spécial 2001, pp. 149-185.
3 JEAN-PAUL II: «Un jour noir dans l’histoire de l’Humanité», in La Documentation Catholique, n° 2255, du 7 Octobre 2001. Texte italien dans l’Osservatore Romano du 13 septembre 2001.


II Rencontre continentale africaine
VOUS SEREZ MES TÉMOINS EN AFRIQUE. Réalités, défis et perspectives pour la formation des fidèles laïcs. La contribution de l’Action Catholique/2 – Bujumbura,21-25 août 2002

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